12/03/2008

Le MoDem à Strasbourg, ou la preuve locale de l’incohérence d’une stratégie globale

Des querelles de clocher pour l’investiture MoDeM à Strasbourg aux élections municipales aux ralliements éparpillés à la liste UMP-Nouveau Centre de Fabienne Keller, le MoDem a fait beaucoup de bruit aux élections municipales de Strasbourg.
La stratégie nationale très floue, parfois d’alliance au cas par cas avec la gauche, la droite ou parfois de non-alliance, a fait des ravages au sein d’un parti bien peu homogène et rongé par les dissensions internes.

D’un côté, des figures du MoDem strasbourgeois, à l’image de Marc Merger ou Pascale Jurdant-Pfeiffer, ont grossi, les uns après les autres, la liste de l’Union pour Strasbourg Keller-Grossman. Ils ont été neuf MoDem à avoir suivi cette voie.

De l’autre côté, l’indécision régnait quant à la tête de liste du MoDeM pour les élections strasbourgeoises. A partir du moment où la tête de liste a été choisie, un accord semblait avoir été conclu pour que les deux autres prétendants figurent en très bonne position sur la liste de Mme Cutajar. Cependant, les tensions ont resurgi et les deux noms ont été rayés de la liste. Il semble désormais régner un froid glacial entre beaucoup de monde au mouvement démocrate.
Tout ce drame pour finir à 5,74% au premier tour des élections municipales. Il y a bien un problème quand on repense aux 22,38% de François Bayrou lors de l’élection présidentielle.


Strasbourg n'est pas l'unique exemple. François Bayrou lui-même, à Pau, malgré sa notoriété, est au coude à coude avec ses deux principaux adversaires au 1er tour. Je lui souhaite par ailleurs bonne chance pour le 2e tour. A Lyon, le quotidien gratuit 20 minutes a parlé avant le 1er tour d’un «MoDeM en pleine déconfiture ». On peut effectivement parler d’une véritable implosion du parti à Lyon. Un grand nombre de démocrates y ont rejoint la liste de Dominique Perben ou celle de Gérard Collomb. Finalement, la liste autonome peine à dépasser les 8%, score bien inquiétant dans une ville à forte tradition centriste. A Paris aussi, les résultats de Marielle de Sarnez sont décevants.
La différence entre les résultats présidentielles et municipales montrent bien l’indisposition et le refus d’un parti comme le MoDem de s’adapter au fonctionnement du système politique français. Cependant, en refusant de jouer le jeu, j’ai bien peur qu’il participe à l’enrayer encore un peu plus.


Dans l’entre-deux tours, les médias parlent du MoDem comme un arbitre, malgré ses faibles résultats, au centre de la vie politique française. Attention à l’illusion ! Arbitrer c’est être au cœur du terrain, sous les projecteurs, mais arbitrer signifie surtout de ne pas jouer.
Ne choisir aucun camp, faire des alliances « à géométrie variable », c’est prendre le risque que l’image du MoDem se floue dans la tête des électeurs, qui ne savent plus très bien à quoi s’en tenir. Certes, le clivage gauche-droite est parfois ridicule, mais les élections fonctionnent de telle façon qu’à un moment il faut bien choisir entre un programme et un autre, il n’est pas bon pour la démocratie de refuser de choisir.


On me rétorquera qu’on peut créer alliance sur un projet, sur des idées, au lieu de le faire sur des étiquettes. Outre le problème de clarté envers les électeurs que j’ai déjà mentionné, on peut remarquer qu’à Toulouse par exemple le MoDeM rallie la droite tandis qu’il rallie la gauche à Marseille, alors que les programmes des deux candidats socialistes sont sensiblement identiques.


A force de vouloir couvrir tout le paysage politique, on ne couvre plus rien, et toute cohérence disparaît. Et c’est bien normal. Il est vrai que les idées politiques du Nouveau Centre ne sont sûrement pas si lointaines de la pensée de François Bayrou. Mais je pense que la politique implique de faire des choix, et le Nouveau Centre a fait le choix de la participation au redressement de la France, de l’engagement dans la vie politique locale et nationale, et non du repli dans l’opposition jusqu’en 2012 et du soutien aveugle des ambitions présidentielles d’un leader.

 

Guillaume Neu

Secrétaire Général de la Fédération Alsace 

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